Ô Marseille (8)

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Toutes les puissances du globe
Sont là, dans la ville maritime
Où débarquent, brûlent et passent
Les races multipliées.
Dans la cohue des idiomes,
Au hasard des chants et des rixes,
et suivant des faits divers,
J’exalte toutes les puissances.
Puissance du bar où s’accoudent
Les rancœurs et les désirs,
Près des scintillants alcools,
Versés dans un verre opaque !
Bar que je sais, au môle B
Où boivent les dockers et les maîtres d’équipage.
Puissance de la rue trouble au crépuscule,
Quand les lumières des magasins
Assourdissants,
Affolent
Le navigateur débarqué !
Puissance des filles prospères,
Qui appellent sur le trottoir nocturne,
Quand des sirènes des Ports
Ont fait descendre le soleil !
Oh! dans le soir, aux yeux pervers,
Où des lampes à pétrole s’allument
Aux bouges de chair des vieux quartiers,
La morsure aux entrailles que laisse
Cet appel !
Puissance de l’alcool, de la rue et des bouges
Puissance des cartes et de l’argent !
Le coup de revolver qui claque
Sur le Port,
Dans le silence
Des étoiles
Et se prolonge
Par les ruelles
Dans le bruit de fuite éperdue,
Poursuivi par l’aboiement rauque
Des side-cars de la police.
Et puissance enfin sur mon âme,
Des grands mâts de la mer,
Que j’ai tant de fois chantés !

LOUIS BRAUQUIER

 

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